jeudi 2 octobre 2014

Mioritza, poème roumain et... brebis portugaise


(Photo: ballots et brebis au coeur de la Transylvanie, sous la lumière du soir, août 2014)

Quand j'ai demandé à Anca, Irina et Iulia d'être les marraines d'une des brebis du Monte, c'est le nom de Mioritza qui a fini par émerger. Et comme elle vient d'arriver à Campinho ce week-end, voici le poème qui a rendu cette petite brebis si célèbre, dans sa traduction de D. I. Suchianu (que m'a trouvé Cristi). En voici aussi une autre version en français ainsi qu'un petit résumé, une version en roumain, et une autre en anglais. Et puis, vous trouverez ici une comparaison entre trois versions: roumain, anglais et portugais. Histoire triste et belle...

Par un ciel de trêve,
Sur un pan de rêve,
Voici s’en venant
Pentes dévalant,
Voici trois troupeaux
Et trois pastoureaux.
Le premier venant
Du soleil couchant,
L’autre du midi,
L’autre enfin d’ici
Du pays joli
De la Moldavie.
Et les deux premiers
Méchant sort jetaient
Pour occir céans
Au soleil couchant
Le pâtre moldave
Des trois le plus brave,
Le plus riche aussi
En moutons, brebis,
En chevaux vaillants
Et chiens à longue dent.
Or, icelle agnelle,
Blanche jouvencelle,
Voilà que depuis
Trois jours et trois nuits
Guère ne s’est tue
N[i] herbe lui plut.

- Qu’as-[tu], agnelette,
Frisette, bouclette ?
Dis pourquoi depuis
Trois jours et trois nuits
Guère ne te tais
N[i] herbe te plait ?
Malade serais ?

- Bergeret gentil
Pousse tes brebis
Vers le noir sous-bois ;
Tu y trouveras
L’ombre qui te plait
L’herbe qui nous sied.
- Maitre, ô, mon maitre,
Fais ensuite paraitre,
Appelle sur l’heure
Ton chien le meilleur,
Ton chien le plus fier,
Ton chien le plus frère.
Car tes deux amis,
Tes deux ennemis
Voilà qu’ils s’unirent
Et tous deux d’ourdir
De te faire mourir
Au soleil couchant,
Au jour finissant.

- Agnelette chère,
Et un brin sorcière,
Si jamais je dois
Mourir ici-bas
De méchant trépas,
Dis-leur qu’ils m’enterrent
Près de mes sœurs et frères,
Près ma bergerie
Parmi mes brebis.
Du bercail prochain
J’entendrais mes chiens.
Quand m’auront tué
Pose à mon chevet
Fifrelet de pin,
Moult chante chagrin,
Fifrelet d’osselets,
Moult chante enflammé
Fifrelet de frêne,
Moult chante ma peine.
Par leur glas, le vent
Soufflera doucement.
Toutes mes brebis
Acourront ici,
Toutes se serrant
Près de moi-céans,
Ma tombe mouillant
De larmes de sang.

Mais toi, mon agnelle,
A toutes icelles
Point ne parleras
De mort et trépas,
Mais leur diras vrai
Que me mariai,
Que je pris pour femme
Très royale dame,
De douceur profonde,
Fiancée du monde ;
Qu’à mes noces chût
Etoile des nues.
Que le soleil le grand
Et la lune en blanc
Furent mes parrains
Par devers les Saints,
Ormes et érables
Convives de table,
Frênes et sapins
Hôtes de festin,
Les montagnes grises
Mes prélats d’église,
Les oiseaux des cieux
Mes violoneux,
Mille astres là-haut
Cierges et flambeaux…

Mais onc si verras
Si rencontreras
Vieille mère mienne
A sangle de laine,
Larmes répandant
Chez tous s’enquérant,
A tous répétant :
- dites, qui l’a vu,
Qui me l’a connu,
Gentil pastoureau
Mince comme anneau ?
Son visage blanc
Comme ait crémant,
Moustache dorée
Comme épi de blé
Son cheveu si beau,
Comme bleu corbeau,
Ses grands yeux luisants
Comm’mûres des champs,
Toi, agnelle chère,
A icelle mère
Point ne mentiras,
N[i] dure seras,
Mais lui diras vrai
Que me mariai
A fille de Roi
Au pays là-bas
Où les monts s’achèvent
En pays de rêve ;
Mais néant lui dis
Du miracle qui
A mes noces fit
Qu’une étoile à chû
Déchirant les nues ;
Que soleil le grand
Et la lune en blanc
Furent mes parrains
Par devers les saints ;
Ormes et érables
Convives de table,
Frênes et sapins
Hôtes de festin,
Les montagnes grises
Mes prélats d’église
Les oiseaux des cieux
Mes violoneux
Mille astres là-haut
Cierges et flambeaux…

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